© Mirco Magliocca
La Passagère de Weinberg au Capitole de Toulouse
Jules Cavalié - 25/01/2026
Les mots ne manquent pas : ils butent, déforment et émoussent la réalité d’un spectacle bouleversant. Il faut imaginer la rencontre de l’horreur et de la beauté, et faire l’expérience d’une inguérissable douleur que seul le témoignage d’une incroyable dignité rend tolérable. L’œuvre de Mieczysław Weinberg est adaptée de la pièce radiophonique « La Passagère de la cabine n°45 « de la rescapée d’Auschwitz Zofia Posmysz, écrite après avoir entendu la voix d’une femme qui lui rappelait celle d’une gardienne du camp de concentration.
Sur un paquebot transatlantique, un jeune couple célèbre la réussite de monsieur, fraîchement nommé diplomate de la RFA au Brésil. Les amoureux goûtent dans le luxe du bateau le bonheur futur d’une « seconde lune de miel ». Mais un regard rend la lune blafarde et le miel amer, Lisa – l’épouse – a cru reconnaître Marta, une prisonnière du camp d’Auschwitz dont elle fut une des gardiennes. Entre bouffées de culpabilité, désir profond de se disculper, et conviction d’avoir aussi été une victime, Lisa – l’ancienne SS Anneliese Franz – raconte à son époux le camp et la rencontre avec Marta. Ainsi, dans un aller-retour entre le camp et le bateau, les souvenirs reviennent en flash-backs, de plus en plus poignants et terrifiants. Cette histoire de mémoire, de culpabilité et de déni s’inscrit dans une trame musicale également composite. Aux scènes du paquebot des pages de musique qui oscillent entre jazz et musique légère. Pour Auschwitz, les mélopées juives, polonaises, russes ou tchèques résonnent, mises en perspective grâce à des harmonies tour à tour distanciées ou au cœur du déchirement.